Europan 14 Bègles ville productive urbanisme architecture



La grande mine
"La ville productive"
Europan 14
Bègles, France
2017
concours
projet lauréat

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La grande mine

Situé en marge des projets de grande ampleur amorcés au nord de la métropole et qui s’enchaînent les uns aux autres sur de grandes emprises foncières, le site du Grand Port souffre d’une image vieillissante à l’extrémité d’une succession de projets d’influence insufflés par l’OIN.
Ces deux enclaves, comprises dans un tissu presque entièrement dédié à l’activité où certaines sont en déclin produisent un paysage morcelé qui manque d’urbanité et d’attractivité au sein de la métropole. Malgré leurs ressemblances morphologiques, ces deux sites soulèvent des questions bien distinctes :

Coliposte : Comment investir un bâtiment tout en réinventant son activité?

Papeterie : Comment optimiser l’emprise de l’activité existante en assurant son maintien dans une situation urbaine et métropolitaine en évolution? Comment mettre en valeur une entreprise centenaire dans un futur quartier habité ?

Face à ce constat, l’entre-deux, c’est-à-dire, le tissu d’activités situé aux lisières des sites de projet (rue Boyer et de la Moulinatte) apparait comme les clés de transformation des sites opérationnels. Il constitue un terreau fertile, un levier pour une mutation urbaine « à tiroir » capable d’instaurer une transition douce et adaptée visant à intégrer les ressources en présence sur le territoire.
C’est donc une réflexion sur le « déjà-là » économique qui vise à tirer parti des ressources en présence sur le site pour amorcer une nouvelle étape pour le quartier. Basé sur la dualité de l’habitat et du travail, il s’agit de proposer de nouveaux modèles aussi bien typologiques que de fonctionnement, en insistant sur le bénéfice à tirer de chacun. Un cercle vertueux entre les différents acteurs (entreprises, habitants, propriétaires, institutions, collectivité) s’installe au profit d’un projet commun, celui d’un quartier productif, innovant, responsable et qualitatif.

1- Identité productive et mémoire collective

Hier, territoire de production lié au fleuve, le site du Grand Port est une figure territoriale historique dans la mémoire collective et productive de Bègles. La multitude d’entreprises encrées sur ce site depuis de nombreuses années témoigne d’une situation géographique propice à la production.
Toutefois, la métropole se transforme. Le long du fleuve, de nouvelles polarités thématiques voient le jour autour de grands projets valorisant l’innovation. Dans ce cadre, le quartier du Grand Port apparait comme un maillon territorial en marge de ce système d’ores et déjà enclenché.
L’image vieillissante de la « zone d’activité » ordinaire de périphérie n’est pas séduisante pour les nouvelles entreprises en quête d’attractivité ni pour les futurs résidents à la recherche d’une qualité de vie satisfaisante.
L’ambition est de redonner de la noblesse aux entreprises PMI TPE PME qui ne s’inscrivent pas dans une économie tertiaire innovante, mais participent au bon fonctionnement de la métropole et génèrent des emplois (1600 pour 250 établissements). Ces activités font partie de l’identité du quartier, leur savoir-faire apparait comme une force vive capable de créer une dynamique de production nécessaire à l’économie de la ville.
La capacité de ces entreprises à s’organiser selon des modèles spatiaux innovants doit offrir les conditions d’une d’intelligence collective qui mêle l’expérience de chacun aux ambitions innovantes des autres. Coupler la production et la connaissance permet alors de générer de nouveaux entrepreneurs et d’accompagner les entreprises existantes au travers des nouveaux enjeux.

2- Multimodalité et séparation des flux

Dans le cadre d’un développement durable de l’activité, 3 champs d’intervention sont essentiels :

La multi modalité : elle permet aux entreprises d’être plus productives, efficaces et attractives. Par le déploiement d’une offre diversifiée dans un périmètre restreint, les entreprises augmentent leur productivité grâce aux interactions créées entre leur clientèle, les sources d’approvisionnement, les lieux de (re) vente et d’expédition. L’efficacité des trajets domicile-travail participe aussi à limiter l’étalement urbain et propose des solutions de déplacement économiques et durables aux travailleurs.

La gestion du fret : La Garonne redevient un axe de transport et retrouve ainsi un de ses rôles historiques de logistique dans le mécanisme de production métropolitain. Cette démarche s’inscrit dans une réflexion sur l’empreinte écologique du fret qui vise à réduire le trafic des axes saturés de l’aire urbaine. Un système collectif de gestion des entrées et sorties de véhicules et de marchandises sur le quartier participe aussi à améliorer l’encombrement des voies dans le quartier.

La dissociation des flux permet une meilleure cohabitation entre travailleurs et habitants. Elle réduit les nuisances et garantit la sécurité de chacun. Des lieux identifiables de mobilité tissent des liens vers les polarités existantes et futures pour désenclaver le site de son environnement immédiat. Des traversées piétonnes (qui participent la gestion des crues) offrent des parcours alternatifs aux piétons. Quant aux véhicules liés aux centralités productives (papeterie et coliposte), des circuits internes et fermés sont créés sur les parcelles.

3- Paysages écologiques et productifs

La mise en valeur du patrimoine productif favorise son intégration dans un quartier mixte. Les espaces de productions sont désormais donnés à voir depuis l’espace public participant à l’identité du site. Depuis les quais, le réseau de trames vertes, ou les percées visuelles entre les parcelles bâties, le paysage des espaces de travail se mêle aux déambulations.

Le réseau de trames vertes tire parti de certains espaces végétalisés existants et participe à la gestion des risques de crues. Deux bassins de rétention sont situés sur la façade des quais au départ des voies vertes. Un large parc en cœur d’îlot, visible depuis la périphérie du site, prolonge le Delta Vert et profite à l’ensemble des nouveaux usagers.

Rendre visibles les activités productives, les espaces de travail, est un moyen de valoriser la création et la connaissance d’un territoire tout en participant aux qualités du cadre de vie.

4- Synergies positives

La mutualisation des ressources (expériences, compétences, services, savoirs) apparait aujourd’hui comme une condition sine qua non au bon développement des entreprises. L’intelligence collective dans la gestion de la production, des moyens, des services liés aux entreprises (administratifs, logistiques) démultiplie les synergies entre les penseurs et les faiseurs, mais facilite aussi la transmission du savoir entre ceux qui savent faire et ceux qui veulent faire pour générer des idées innovantes.

Pour cela, nous proposons de créer un projet commun qui réunit les acteurs engagés dans la transformation du site. Regroupées autour d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif, les différentes parties prenantes (privés, institutionnelles, civiles) doivent s’engager pour atteindre des objectifs d’efficacité d’une part et d’amélioration des conditions de travail d’autre part.

La poste endosse un rôle de gestionnaire du site Coliposte. Elle articule le bon fonctionnement de la cohabitation des entreprises au sein du bâtiment. En développant des services liés aux occupants : conciergerie, gestionnaire de la flotte de véhicules électriques, des espaces communs et partagés, mais également des services plus « traditionnels » tels que le courrier, les livraisons, la banque, la comptabilité, etc., elle devient indispensable au bon fonctionnement de ce lieu à part entière. De par son expérience dans le domaine de la logistique, elle explore ici sa capacité de gestion au sein d’un complexe productif.

5- Economie de la reconversion

Le site du Grand Port offre des ressources considérables en termes de foncier et volumes exploitables.

Le bâtiment Coliposte est maximisé verticalement, l’augmentation de son volume est la condition de son rayonnement à l’échelle métropolitaine. Cette transformation permet la création d’une grande diversité de typologies d’espaces de travail. La réorganisation interne répond aux différentes natures d’activités présentes sur le site (artisanat, petite industrie, bureau, etc.) et offre des dispositifs écologiques et durables intégrés (toiture solaire, dispositifs énergétiques collectifs, façade double peau, etc.).

Le foncier, aujourd’hui très peu occupé sur une majeure partie du site, se transforme et s’étire pour constituer des lanières qui s’inscrivent comme autant de lien entre les espaces communs et les lieux de production et d’habitat. Le prolongement du foncier permet de mettre en place une forme urbaine qui rappelle celle du tissu parcellaire de Bègles.

Le quai, redonné aux Béglais œuvre en faveur d’une ouverture du quartier sur le fleuve et participe à créer une vitrine lisible du Grand Port dès l’entrée dans la métropole. Les activités productives sont données à voir depuis les espaces dédiés aux loisirs, à la détente et aux mobilités douces. Ici, la façade sur la Garonne est singulière, elle illustre une part de l’histoire de Bègles où les maisons de maître en pierre, les cuves de la Papeterie de Bègles et la façade vitrée du bâtiment Coliposte composent une façade hybride qui accueille désormais des immeubles mixtes qui mêlent production et habitat.

6- Expérimentation

Il ne s’agit plus de dissocier la production de l’habitat. Dans un quartier comme celui que nous imaginons, l’expérimentation doit être partagée, tout comme le risque de « faire autrement ». La programmation des parcelles nouvellement disponibles est encadrée par un cahier des charges qui définit les proportions programmatiques tout en forçant la quantité et la qualité des espaces partagés : lieux de rencontre, de synergies, d’échanges entre les habitants et les travailleurs.

Ce désir d’explorer des formes hybrides, d’expérimenter la mixité joue un rôle attractif à l’échelle de la métropole et permet d’identifier le Grand Port comme un lieu où il fait bon vivre et travailler, qui tend vers l’innovation.
Les opérations devront permettre d’attirer différents profils de travailleurs. Des indépendants, des sociétés, dans les ateliers ou des bureaux plus traditionnels, tous désireux de travailler à proximité de leur logement.
Plusieurs modèles sont ici explorés : l’adossement, la juxtaposition, la superposition. De l’habitat individuel, intermédiaire ou collectif, ces typologies cherchent à proposer des dispositifs spatiaux capables de créer une cohabitation positive et vertueuse.

7- Environnement de travail

Les formes de travail n’ont de cesse d’évoluer. Le télétravail, le coworking, les microentreprises, l’artisanat, les activités bureautiques nécessitent d’imaginer des espaces adaptés aux besoins des différents profils d’occupants. À cela s’ajoute un besoin de sociabilité et de convivialité sur le lieu de travail, dans un contexte où les entreprises avec peu de salariés sont de plus en plus nombreuses.

Dans cette optique, on imagine, au même titre que les efforts réalisés sur la « qualité de vie » dans les nouveaux quartiers de logements, une charte de « confort de travail » qui organise des dispositifs spatiaux qualitatifs : des espaces lumineux liés à des espaces extérieurs, des perspectives lointaines et transversales depuis les espaces de travail sur le grand paysage, une proximité avec les logements, les espaces de convivialité et les services.

Le couple habitat-travail peut prendre plusieurs formes, mais répond à des critères communs : créer des interactions entre travailleurs et habitants, pour faire vivre un quartier tout au long de la journée et tirer profit des bénéfices de chacun.